mar. 13 avr. 2010
Hostel Pinto – Vallegrande
06:00
« Dring, dring! »
Le Che sonne à la porte? Non, c’est juste mon réveil, sonnant à travers la petite chambre encore sombre et qui semble nous dire :
« Reveillez-vous! Bande de feignants. Le rendez-vous est prévu pour dans un peu moins d’une heure. Et ne soyez pas en retard! Filez à la douche! »


06:55
On quitte l’hostel
07:15
Le mini bus de 8 places roule à travers la cité. Puis s’arrête, « calle Senor de Malt », devant l’Hôpital Municipal. De si bon matin, une grande queue se forme dejà devant les portes fermées du centre médical. Notre guide nous indique le chemin, passant devant tout ce petit monde et entrant, par une porte grillagée, sur le parking du batiment blanc.


07:18
Nous longeons l’hôpital et marchons devant une grande fresque au traitement un peu naïf, représentant, poing levé, un grand portrait du Che. Sur la droite du tableau mural, je découvre la reproduction d’une lettre émouvante d’Ernesto a écrite à l’attention de ses 5 enfants, juste avant de disparaître.
« Mes enfants cheris, Hildilta, Aleidita, Camilo, Celita et Ernesto,
Si un jour vous devez lire cette lettre, c’est que je ne serais plus de ce monde. Vous ne vous souviendrez quasiment plus de moi et les plus jeunes de vos frères et soeurs ne se rappelleront plus de rien. Mais sachez que votre père a toujours agit selon ses idées et a toujours été loyal envers ses convictions.
Grandissez comme de bons révolutionnaires. Etudiez beaucoup afin d’apprendre à dominer la nature humaine. Rappelez-vous que la révolution, c’est l’essentiel, et que chacun de nous, séparément, ne vaut rien.
Surtout, soyez toujours capables de ressentir au plus profond de vous toute injustice commise contre n’importe qui et dans toute partie de monde. C’est la plus belle des qualités d’un révolutionnaire.
Mes enfants, en espérant encore vous revoir:
Un grand baiser affectueux de Papa »
Ernesto Che Guevara
(cette traduction est une interprétation toute personnelle. La lettre originale, en espagnol, se trouve dans une des vignettes, situées tout en bas du Post)
Nous traversons un terre-plein, abandonnant l’hôpital derrière nous, pour arriver en bordure de prairie. Une petite bâtisse au toit de tuile, sans portes, s’ouvre sur un jardinet encadré d’une simple barrière métalique…
« Je me présente, Adani. Je me propose de vous guider sur les dernières traces d’Ernesto Che Guevara. »
D’un geste vif, le gars nous montre la petite baraque.
« Vous avez devant vous la célèbre « lavenderia » où fut exposé le corps du Che afin d’attester, par voie de presse, de la mort mort de l’Argentin au monde entier. Un helicoptère, transportant la dépouille du guerrier depuis le village de la Higuera, où il fut capturé et fusillé, déposa le corps de l’homme dans la prairie. » Le guide, visage mate, regard noir, un pansement collé contre la tempe et une boule de coca fourrée dans la bouche, nous indique du doigt le grand espace jouxtant une petite baraque blanche
« On descendit le corps de l’hélicoptère, par là, pour le déposer dans la salle, par ici, sur l’évier en béton de la lavenderie »
Pendant quelques minutes, je reste muet, impressionné de l’energie dégagée par le lieu. Une voix me chuchotte : « Le Che était là! »
Isolé du reste du bloc medical, la maisonnette vide, soutenue grâce à deux épaisses poutres, et ouverte sur l’extérieur, me fait étrangement penser à une charmante petite étable venant juste d’être nettoyée. Les murs bleus de la baraque sont totalement couverts de dessins, de noms, de dates, de citations et messages, laissés par des centaines d’admirateurs, transformant la simple laverie en un véritable sanctuaire à la mémoire du commandant révolutionnaire. Ce décor me rappelle une carte postale, achetée sur un marché, montrant l’homme allongé dans cet espace exigu. Yeux grands ouverts, rictus aux lèvres, le Che semble encore bien vivant sur la photo.
J’aperçois, dans un coin de la pièce, écrit à l’encre rouge « A Ernesto, mort pour ses idéaux »
Je reste silencieux. Des frissons me parcourent l’échine. J’imagine, les fans, tels des rois mages, venir se recueillir devant cette étable sacrée, ayant connu la mort d’un grand homme et la naissance d’une îcone.
Le guide nous indique qu’il faut y aller. Calmement, nous remontons dans le bus et le moteur redémarre.



07:41
De belle collines vertes, rongées par les nuages du matin, delimitent l’horizon. Le portail d’une zone privée se présente. Le guide saute du véhicule pour dévérouiller un portail et tirer les grilles. On entre, lentement, dans une allée. Au bout du chemin privé, le bus se gare devant une belle demeure surmontée du portrait du revolutionnaire, en noir et blanc.
» Nous sommes arrivé au Mausolée du Che, tout le monde descend! »
Adani, tout en machouillant ses feuilles de coca, nous indique que le terre-plein, situé à proximité de nous, bande de gazon balisée par de grosses pierres, est une petite piste d’atterissage.
« C’est ici que fut trouvé le corps du Che, jeté dans une vulgaire fausse commune. c’est autour du trou que fut construit ce mausolée. Plus loin, au-delà de la grille blanche, vous pouvez apercevoir une petite piste d’atterrissage. Sur les ordres de Fidel Castro, un avion y décolla, emportant la dépouille d’Ernesto à Santa Clara, sur l’île de Cuba où il fut enterré avec les honneurs du à son rang. Je vous propose d’entrer dans le Mausolée »
Traversant un jardin d’herbe verte et de galets blancs, je pénètre dans le sanctuaire, une grande salle éclairée par de nombreux vitraux contemporains. Une douce lumière éclaire la fausse, grand trou encadré d’une petite barrière. L’ambiance y est solennelle. De beaux murs blancs encadrent l’immense pièce, maquillé par de nombreuses photographies du Che, belles images en noir et blanc mises sous verre. : De nombreuses scenettes où Ernesto révèle son visage d’homme, de père, de médecin, d’être de chair et de sang, de personnage passionné, d’artiste et bien sûr de guerillero. Une belle image de l’homme avec sa première fille, Hilda Beatriz, est touchante de tendresse. Ernesto, jeune et bien rasé, regarde son enfant avec des yeux de père attentif et de papa passionné. Plus loin, le révolutionnaire joue aux échecs, utilise un appareil photo, parle avec Fidel Castro, envoie un télégraphe, parade en commandant Che Guevara, etc…
Je déambule au milieu de ces fragments de vie, de ces nombreux clichés qui révèlent les nombreuses facettes du personnage, la complexité et la profondeur du garçon , réalité intengible qui façonna peu à peu le mythe et propusla l’homme au firmament des îcones du XXeme siècle.






08:09
Par un petit sentier longeant un champs de maïs, à l’ombre d’une rangée de cyprès parfumant l’air ambiant, nous débouchons sur la fosse où fut, un temps donné, entreposé le deuxième groupe de guerilleros.
« Pendant la guerria dans le ravin de Quebrada del Yuro, le campement du Che fut encerclé par 1800 soldats des forces spéciales boliviennes. Les 37 guerilleros, dans la hate, se divisèrent en deux groupes. Une unité restant sur place, sous le commandement du Che, protégant la fuite d’une deuxième unité, qui fut, malgrès tout, exterminée. C’est ici que les corps de 12 hommes furent retrouvés. Seuls, quelques guerilleros réussirent à passer la frontière Argentine. Tous les corps ont aussi été envoyés à Santa Clara, sur l’île de Cuba, auprès du Che »
La fosse fut totalement détruite. A la place, aujourd’hui, une belle pelouse nous accueille. De jolies roseraies cernées de petits cailloux blancs, offrent de l’ombre aux plaques commémoratives. Les noms des douze guerilleros, peinture bleue sur ces dalles de pierre découpées au couteau, se succèdent sur l’herbe verte. Au fond du jardinet, j’aperçois, à l’écart, sur une stelle en marbre noir, gravé le nom de la seule femme de l’unité : « Tamara Bunke », alias Tania.
« lorsque le corps de Tania fut rapatrié à Cuba, avec les autres guerilleros, on découvrit qu’elle était enceinte. Une rumeur se propagea : etait-elle la maîtresse du Che? Le bébé aurait-il été d’Ernesto? Le secret restera gardé à jamais, sur l’île de Fidel Castro. On repart



09:01
Pause petit déjeuner dans le mercado de Valladero, autour d’une table ronde, devant des standes, petits restaurants débitant frénétiquement leurs plateaux de nourriture. J’aperçois, sur le mur du fond une publicité pour une marque d’alcool. Une bimbo en maillot de bain sexy, les pieds dans l’eau, pose avec une bouteille de Cuba Libre. « Cuba El Che ». Cette vulgaire exploitation commerciale de l’image du Révolutionnaire me fait à moitié sourire. « Cuba. El Che, la unica »

09:27
Le mini van repart. Nous quittons la ville. La route sablonneuse disparaît vers l’horizon valonné. « On suit désormais la route du Che! »
09:48
Le sentier grimpe dans les hauteurs de la quebrada. La végétation se fait moins présente. Des voluptes de poussières ballaient le chemin de terre et se jètent dans le ravin. La vue sur l’ensemble de la vallée est superbe. Une fine ligne, tel un serpent, se faufile dans le maquis.
Nous laissons une belle trace de fumée derrière nous.
10:16
Une pancarte en bois surgit à un croisement : deux flèches indiquent « Santa Anna » et « Ruta del Che ». Le van continue sa route tout droit.
10:21
Je n’arrive pas à réaliser que nous roulons sur les pas du « commandante » et de ses hommes. Des buissons envahissent le bord du chemin accidenté. Le paysage, une succession de bosquets touffus et d’arbustes joufflus, semble un terrain idéal pour se cacher.


10:36
Quelques camions s’affairent sur le sol défoncé. Notre chauffeur lève le pieds de la pédale afin de passer sur les bosses, sans abimer le chassis du minibus. De grosses mottes de terre rythment notre lente progression dans la montagne. Un vent frais entre par la fenêtre.
Des ouvriers, assis sur le bas côté, nous regardent passer. Quelques bergers font migrer leur troupeau de vache par le sentier. Mais la zone parait plutôt désertique. Peu d’âmes vivent sur l’ex-zone de guerilla d’Ernesto che Guevarra.
11:27
Au sommet d’un champs j’apercois une étonnante pierre en forme de beret. Sur le devant, incrusté dans le roc, une croix blanche.
« Cette grosse pierre est surnommée le beret du Che! »
Même la nature semble rendre hommage au célèbre guerrier révolutionnaire.
11:40
Le village d’une cinquantaine de toits en brique rouge vient d’éclore, en contrebas, « C’est la cité de Boucara. Nous sommes à 15 minutes de notre destination. »
11:50
Traversée périlleuse du village. Les ruelles, spectaculairement accidentées, obligent à redoubler d’attention. Le van sort victorieux de l’épreuve, laissant Pulcara derrière nous.
« L’autre sommet que nous allons atteindre est le col de la Higuera » me glisse le chauffeur.
Le véhicule grimpe.
12:09
Le chemin de terre, perdu dans la garrigue, semble interminable. A l’arrière du véhicule, des yeux se ferment.
J’entends les grillons chanter. La route du Che est longue. Mais il faut être patient car le village de la Higuera se mérite. On n’a pas tout les jours la chance de découvrir le lieu où Ernesto vécu ses derniers instants. Un soleil puissant arrose la montagne. Nous roulons.
12:23
« On entre dans la Quebrada del Yuro, où le Che et ses hommes furent tués! Les militaires Boliviens ont longtemps laissé croire que le commandant était mort au combat.
Ce n’est que longtemps après sa mort que des capitaines avouèrent la condamnation à mort et la fusillade de l’Argentin. »




12:42
« devant vous la Quebrada del Yuro »
Adani, le guide, indique la superbe vue sur ma gauche. A nos pieds, s’étalent de belles fleurs jaunes et au loin se dessinent deux puissantes monts. « C’est à cet endroit précis, dans le creux, entre les deux montagnes qu’Ernesto et ses hommes se sont fait surprendre par l’armée Bolivienne. Les militaires étaients perchés au sommet des deux bosses de verdure, surplombant leur campement. Les 37 révolutionnaires, ont été cueuillis comme des fleurs, par les milliers de soldats Boliviens en embuscade! »
12:46
Dans un virage, au loin, le village tant attendu se présente enfin. « la Higuera est en vue! »
Dans le paysage verdoyant, doucement, le mini bus amorce sa descente . le chant des grillons se fait plus présent. On passe sur un fin cours d’eau traversant l’etroite voie caillouteuse. Pas un seul coup de vent! Il fait un peu chaud. Les virages se succèdent et les arbres se font plus dense.
12:53
On entre dans le célébre village.
13:25
Un énorme portrait du Che, blanc sur fond de montagne verte, se dresse devant nous.
Une phrase écrite en rouge sang, sur le socle de l’imposante statue, résonne dans ma tête : « Ton exemple allumera de nouveaux crépuscules. »
Margaux me glisse dans le creux de l’oreille, avec un large sourire :
« Voici ton père spirituel »
Le géant semble ignorer la blague, bronzant éternellement sous un soleil cuisant.
Sur les murets entourant la puissante tête en pierre blanche, je lis de nombreuses phrases du Che :
« Un vrai révolutionnaire est guidé par de grands sentiments d’amour. Il est impossible de concevoir un authentique révolutionnaire sans cette qualité. »
« Seules les personnes meurent, jamais leurs idées »
« Si le présent est de lutte, le future est notre. »







13:30
Une ancienne école se trouve transformée en musée de la Higuera. Le Che aurait été amené devant la maisonnette avant d’être fussillé. L’exposition qui est présentéé raconte les terribles combats de la « Quebrada del Yuro », survenu le 8 de Octobre de 1967 et la capture du commandant Argentin. Nous signons le livre d’or
Adani me raconte que tout les deux ans, le 7 Octobre, la Higuera est l’objet d’une immense fête . Des gens du monde entier viennent se recueuillir ici pour commémorer la lutte du Che. Et le 8 Octobre, date de la fusillade de leur heros, le village retombe dans le calme, se couvrant d’un silence… de mort.
14:48
Déjeuner dans une petite case en torchi, à dix mètres de la place. Sur les murs délavés, des images d’Ernesto en famille, avec ses cinq enfants, ainsi qu’un calendrier sexy sponsorisé par quelques célebres marques de voitures. A l’opposé de la petite bâtisse vivent poules, dindon, chiots… un véritable poulaillier.
Nous voilà dévorant une cuisse de poulet accompagnée de patates et de riz.
Le guide me raconte :
« tu es assis sur une chaise particulière. Elle est ancienne. Sa propriétaire la vend au plus offrant. Une fois, Le Che s’y est installé. »
Info ou intox? On ne saura jamais!
15:33
Le mini-bus repart. La route du Che se fini là. On rentre à
Vallagrande.
17:43
La lumiere tombe sur la quebrada, teintant les montagnes vertes d’une jupe bleu foncé. La route est de nouveau agréable. Les sentiers se trouvent désormais derrière nous. Le bus pour Santa Cruz part du
terminal de Vallagrande dans 12 minutes… Cela risque de faire juste.
Adieu Higuera, ciao la Quebrada del Churo et viva El Che Guevara!




































































